L'acteur est un poète qui écrit sur le sable (…) Il jouit de la fuite du temps. De cela seul il jouit : non pas du temps mais de sa fuite.

~Antoine Vitez

Les cours « d’interprétation »


Les cours dits « d’interprétation » (ces cours où l’on s’entraîne à jouer toutes sortes de répertoires) constitueront la colonne vertébrale de l’enseignement dispensé. Parce que ces cours sont ceux, par excellence, de l’art de l’acteur, la base aussi bien que la visée de tous les autres, ils ne s’interrompront jamais : sauf période de vacances, chacun les suivra inébranlablement trois fois par semaine, tout le long de l’année, sans discontinuer.

Ces cours seront « pratique », certes, mais « pratique théorique », si l’on ose dire ; pratique programmée, concertée. De la pensée en actes (en «sentiments», dirait Jouvet). Il s’agira de suivre l’enseignement de quelqu’un, et non celui seulement d’une « matière ». L’enseignement, s’il y en a, ne saurait être qu’indirect. Il n’est, pour ainsi dire, que « retombée »… et ne se constitue que de ce que chacun cherche dans le sillage de l’autre. Il n’y aura donc pas, précédant tout travail, quelque chose « d’identifié » que nous nous attèlerions à « apprendre », non, mais nous chercherons, inventerons, et d’avoir inventé, cherché, nous aurons appris. Le professeur lui-même cherchera, il ne sera pas, encore une fois, détenteur d’un « savoir » (ou alors, si petit !), seulement d’une certaine expérience, d’une singularité aussi, et – surtout – il sera en mouvement. Pour cette quête, cette recherche, il a, certes, besoin d’aide. Ses aides, ses assistants si l’on veut, ce seront ses élèves, qui chercheront avec lui. Sans eux, il ne peut rien trouver. Sans lui, eux non plus.

 

Les cours « techniques »

 

Technique du corps

L’enseignement de l’art dramatique en France, dit-on parfois encore, se différencie de telle école russe, anglaise, américaine, chinoise, australienne, etc. (autant d’écoles d’ailleurs que je suis allé visiter) en cela qu’il prête souvent une plus grande attention au texte. Au texte, et non seulement au « verbe » ; c’est à dire au « signifiant », ; c’est-à-dire à la langue elle-même ; et donc aux sens possibles d’un mot, d’une phrase ; et donc à l’inconscient ; et donc… au corps, déjà !

Mais il faut aussi travailler le corps spécifiquement, la qualité des gestes, la conscience du mouvement, la respiration. Il faut danser. Mais que la danse, alors, ne soit plus danse seulement, mais théâtre dansé : que nos élèves – qui ont vocation à être des acteurs et non pas des danseurs (mais dont, pourtant, lors de ce travail, le corps resterait au premier plan) – « parlent-dansent », disent des textes en corps, jouent tels ou tels « personnages » jusqu’à les danser.

 

Jeu devant la caméra

J’ai employé jusqu’à présent le mot théâtre dans son sens le plus large. Il signifie ici : « toutes les possibilités de l’art dramatique ». Au premier plan desquelles se tient aujourd’hui l’art de jouer au cinéma. Qui n’est pas celui de jouer sur une scène, même si les deux arts ont de nombreux points communs. C’est pour cela que nous tenons pour fondamental d’enseigner le jeu devant la caméra (et de préparer les élèves à passer des castings). Pour cela, il sera fait appel à des réalisateurs qui sont – aussi – passionnés par la direction d’acteurs.

 

Clown

« Il te faut trouver ton clown » était l’injonction permanente lancée à tout acteur, même aux tragédiens, par le grand professeur de mime et de théâtre que fut Jacques Lecoq. Un élève de notre école ne pourra pas ne pas, si peu que ce soit, traverser l’art du clown (du clown qu’il est déjà, même à son insu).

 

Technique vocale

Bien que l’artiste de théâtre ne le soit, artiste, qu’à toujours célébrer l’autre (que cet « autre » soit l’auteur, le personnage, le spectateur, le partenaire, que sais-je), il est toujours, au fond, qu’il le veuille ou non, et cela jusque dans les entreprises les plus collectives, seul face à lui-même. Notre école proposera différents cours dits de « solitude » .

Ainsi, nous apprendrons, par exemple, à chanter. Parce qu’il y a toujours une voix au fond de l’encrier. Au fond de tout texte. Et que c’est celle de l’acteur, toujours différente, qui a pour tâche de la raviver.

 

« Linguistique »

Au-delà de la « situation » comme on dit, ou de l’ « intrigue », ou encore du « personnage », etc., il s’agit toujours, pour un acteur, de prononcer des mots précis dans un rythme précis. Et donc : pourquoi ce mot ? Pourquoi ce rythme ? Et encore : quelle est l’étymologie du mot, son voyage, son usure, sa saveur ?… Notre école proposera des interventions en linguistique, afin que ceux qui auront à fréquenter à longueur de vie les plus grands textes, ceux de Racine, Hugo, Marivaux, Claudel, Beckett, etc. connaissent un peu mieux la langue de ces écrivains – qui est la leur, aussi.

 

« Pensée » du théâtre

Parce que le théâtre habite, même inaperçus de lui, de nombreux territoires de la pensée, parce qu’il est toujours capital de voir plus loin que les frontières où l’on croit se tenir, parce que ces frontières sont rarement assurées , il sera demandé à de grands écrivains (philosophes, psychanalystes, poètes, savants…) de se relayer dans le cadre d’un cours « tournant » de « pensée » du théâtre pour proposer aux jeunes acteurs, depuis leur propre discipline, des ouvertures de réflexion sur le théâtre et, plus généralement sur tout lieu où « s’ouvre une scène ». Ce qui sera demandé à ces penseurs, ce sera, d’une manière ou d’une autre, de parler de théâtre à nos élèves, bien que leur pratique ne soit pas proche de la leur (surtout parce qu’elle ne l’est pas). Leur façon, peu habituelle pour des acteurs, « tordue » peut-être parfois, de peupler le mot théâtre, de creuser ou de sculpter ce mot depuis de tout autres territoires, a pour but de mettre des mots sur quelques-unes de nos interrogations, et, peut-être, de déplacer nos credos, nos aspirations,…

 

Droit du spectacle

Notre école entend aussi préparer ses élèves à leur insertion dans la vie professionnelle en leur offrant une connaissance élargie aux aspects juridiques et institutionnels des métiers d’acteur, de metteur en scène, de directeur de compagnie ou de théâtre, voire d’auteur.

 

Préparation éventuelles aux auditions et concours des grandes écoles d’art dramatique
 

 

Présentations de fin d’année


Les travaux jugés aboutis par les professeurs de notre école seront présentés à des « professionnels » de l’art dramatique comme à des personnalités de tout autres horizons à la fin de l’année scolaire (ainsi qu’à la famille et aux invités des élèves de l’école).

Une école forcément modeste encore à son début, mais que nous nourrissons déjà, oui, des plus hautes ambitions d’art dramatique et de vie.